Cimetière marin de Landévennec et croiseur Colbert

  • Pays : France, région Bretagne, département Finistère
  • Localisation : Landévennec
  • Type : cimetière marin
  • État : site militaire surveillé, navire bourré d’amiante
  • Dates : 1840 création base de bateaux en réserve, WW2 occupation allemande, accueille des navires désarmés depuis
  • Visites : avril 2009, juin 2012

Cimetière marin de bateaux

Le cimetière marin de Landévennec a d’abord été une base pour les bateaux de réserve sous Napoléon III. Les équipages étaient basés dans le village de Landévennec, prêt à repartir en cas de besoins. La localisation a été choisie pour sa protection du vent et de la houle tout en permettant une accessibilité rapide à la rade et à l’océan. Même par marée basse les fonds sont à plus de 10 mètres, seul le passage du banc de Capelan peut empêcher les plus gros navires d’accéder au site. Le porte-avions Clémenceau a failli rejoindre le cimetière pour attendre sa déconstruction mais il semble que le passage du banc ait stoppé ce projet pour cause de manœuvre trop délicate.

Les navires de la Marine nationale française désarmés deviennent des coques et se voient attribuer un matricule commençant par la lettre « Q ». Ces coques attendaient ici une éventuelle océanisation, c’est-à-dire une utilisation de la coque comme cible d’entraînement pour les tirs de la Marine. A présent non autorisé, les coques des ex-navires de guerre attendent à Landévennec que les appels d’offres pour leur déconstruction soient lancés et validés. Le site est régulièrement vidé de coques parties à la démolition pendant que de nouveaux bâtiments désarmés arrivent en fin de vie.

Croiseur Colbert C611

L’intérêt de cette visite est certainement le croiseur Colbert. Pourquoi ce navire et pas un autre? Tout simplement parce qu’il est chargé d’une histoire peu banale.

Phase antiaérienne à canon 1959 à 1969

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France voit sa flotte de navires de guerre fortement réduit (destruction, sabordage, obsolescence). La France entreprend un vaste programme de construction de nouveaux bateaux de toutes sortes pour reconstituer sa flotte. Cette construction prend en compte les évolutions technologiques de l’après-guerre, les évolutions du combat maritime et notamment la montée en puissance de l’aviation. La menace aérienne étant devenue importante, la construction de deux croiseurs anti-aérien est lancée, le croiseur De Grasse navire d’avant guerre sera rénové et le croiseur Colbert sera le premier de l’après guerre. Bien que semblables, ces deux navires sont de classe et de conception différente. La construction du Colbert démarre en décembre 1953 à Brest, le lancement a lieu le 24 mars 1956, armé le 5 mai 1959. Ce croiseur de la classe des dix mille tonnes est pensé pour la protection et la défense anti-aérienne des escadres marines. Il est équipé à l’origine de 8 tourelles doubles de 127mm anti-aérien et antisurface et 10 affûts doubles de 57mm anti-aérien. Les canons sont pilotés par des télés-pointeurs (DRBC-31B pour les 127mm et DRBC-31A pour les 57mm) à la proue comme à la poupe. Dans sa première phase, le Colbert embarque 997 hommes composés de 70 officiers, 19 premiers maîtres, 52 maîtres, 108 seconds maîtres, 748 quartiers-maîtres et matelots. La puissance des chaudières produisaient 86 000 chevaux propulsant les 2 pâles faisant monter la vitesse à 33,7 nœuds pendant les essais. De conception très moderne pour l’époque il fait partie des premiers navires à proposer des banettes individuelles (couchettes) pour l’équipage en remplacement des hamacs suspendus. La restauration se fait à présent en mode cafétéria.

Le navire intègre l’escadre de la Méditerranée à Toulon début novembre 1959 et en devient bâtiment amiral le 1er mars 1964 lorsque l’amiral Patou quitte le De Grasse pour le Colbert. Les missions marquantes de cette époque sont la participation aux secours du tremblement de terre à Agadir en 1960. En 1961, le Colbert transporte de Casablanca à Toulon la dépouille du Maréchal Lyautey. En juillet 1961, baptême du feu sans pour autant tirer un seul coup de canon, le Colbert vient prêter renfort à la crise de Bizerte en Tunisie, il aura un rôle dissuasif permettant de dé-serrer l’étau autour de la base et servira à encadrer l’évacuation des ressortissants.

En 1964, le transport du Générale Charles de Gaulle et sa femme entre Arica et Valparaiso et entre Montévidéo et Rio de Janeiro. Le couple présidentiel logera dans la suite de l’amiral et sera redécoré suivant les directives d’Yvonne de Gaulle, du mobilier des réserves de l’Elysée seront installés valant au Colbert le surnom « d’Elysée flottant« . Ce sera alors le voyage le plus jamais réalisé par un président français, 26 jours en Amérique du sud, 10 pays visités. Le Générale continuant à travailler à bord du Colbert, un téléphone relié à l’Elysée est installé, la transmission du feu nucléaire est assurée sur le navire et une dizaine de décrets seront signés sur le navire avec la mention « Fait à bord du Colbert ».

Le Général de Gaulle reviendra en 1967 sur le Colbert pour son voyage vers le Canada pour visiter l’exposition universelle de Montréal, pendant ce séjour il prononcera son « Vive le Québec libre » écourtant son séjour par le conflit diplomatique déclenché. Le Générale a préféré le voyage en bateau pour débarquer au Québec et non à Ottawa par l’avion comme le protocole le prévoyait.

Phase antiaérienne lance missile 1972 à 1991

L’aviation ayant fait un bon de géant pendant la Seconde Guerre mondiale continue son évolution, la généralisation des avions supersoniques ainsi que l’emploi de missiles antinavires longues portées rend la défense anti-aérienne avec des canons inefficaces. Le Colbert entre alors en grand carénage en novembre 1969, la coque et la propulsion sont assez modernes, seul l’armement et le système d’arme sont changés. Avec la refonte, le besoin en hommes d’équipage diminue, seuls 562 hommes sont nécessaires : 25 officiers, 208 officiers-mariniers, 329 quartiers-maîtres et matelots. La principale nouveauté réside dans le système lance-missiles Masurca (MArine SURface Contre Avions) s’effectuant sur une rampe double à chargement automatique sur la poupe du navire. En cale sont installés deux barillets permettant le stockage des missiles Masurca au-dessus desquels se situe un espace d’assemblage et de chargement avec des rampes escamotables. En 1980 le Colbert recevra 4 missiles MM-38 Exocet antinavire sur le roof avant. En 1982 le Colbert est le premier navire de guerre français à recevoir le système de transmission satellite Syracuse avec deux boules radômes de 2,5m de diamètre sont placés à l’arrière de la passerelle de chaque côté du navire. En 1990 le croiseur Colbert est engagé dans l’opération Salamandre, il est chargé de la protection du porte-avions Clémenceau qui prépare la division Daguet pour la guerre en Irak. Le Colbert devait être retiré du service actif en 1997 mais sa consommation de carburant et hommes d’équipage rapproche la date une première fois en 1993 puis finalement en 1991, le 24 mai.

 Phase musée flottant à Bordeaux 1993 à 2007

Le croiseur Colbert n’étant définitivement pas un navire comme les autres, il échappe à la fin habituelle réservée aux navires de guerre à savoir au choix l’océanisation qui consiste à servir de cible pour les tirs d’entraînements des forces armées, soit à servir de brise lame dans un port ou à partir directement au ferraillage. Ce navire étant un symbole par son statut de navire amiral et ayant accueilli de Gaulle notamment, il est désarmé mais sera transformé en navire musée et est amarré à Bordeaux, il ouvre au public en 1993. C’est un succès indéniable, il est le musée le plus visité de Bordeaux et le bateau musée le plus visité de France. Mais si l’Etat est resté propriétaire du navire cédant la gestion à une association, cette dernière ne pouvait clairement pas financer les frais d’entretien du navire. Lorsque l’état du navire est devenu trop déplorable et que l’image était devenue vraiment mauvaise pour la ville de Bordeaux, il est décidé de le fermer au public en octobre 2006. A la date d’expiration de la concession il est retiré du quai et amené à Brest par la Marine nationale pour être amarré sur coffres au cimetière marin des navires de Landévennec. Depuis son désarmement il est officiellement une coque et ne se nomme donc plus Colbert mais Q 683.

Depuis il attend que les appels d’offres pour sa déconstruction soient validés. Certains veulent absolument le voir déconstruire en France pour l’image et la responsabilité que la France doit avoir vis-à-vis de ses anciens navires. Avec les déconvenues du ferraillage du porte-avions Clémenceau, le dossier prend du retard afin d’être mieux géré.